Le tour du Cap en 90 photos

En 2020 puis en 2021, quatre-vingt-dix jours séparent le premier jour de l’hiver (21 décembre) du premier jour du printemps (20 mars).
L’association Chemin de Lumière veut mettre à profit ce temps de gestation pour préparer l’avènement du printemps 2021. U Veranu. En 2020 ce temps de renouveau a été celui de l’épidémie et du confinement. Que sera celui de 2021 ?
Chemin de Lumière parie sur une embellie et des libertés retrouvées. Celle, d’abord, d’aller et venir. De nos plages jusqu’à la Serra. L’association anticipe et se propose, chaque jour, de publier sur son compte Facebook, une photographie prise dans l’une des dix-huit communes du Cap Corse historique. De Brando à Olmeta, en passant par Pietracorbara, Luri, Rogliano, Barrettali, Nonza et toutes les autres.
Ces quatre-vingt dix photographies, succinctement légendées, donneront à voir un Cap Corse de nuages, de pluies, de vents et de tempêtes mais aussi de bleus incertains ou radieux qui annoncent la belle saison.
Isthme des sentes et des chemins, des sommets au littoral, lumières des extrêmes, des côtes du Levant à celles du Ponant, le Cap aura son tour en quatre-vingt-dix photos. Elles raconteront une terre loin des chromos habituels. Plus âpre, plus sombre mais toujours autant monumentale.
Ces images figureront aussi sur le site de l’association comme un i-calendrier du veranu  que l’hiver, comme chacun sait, prépare chaque année en secret.

Lundi 21 décembre
Du haut du mont Minerviu (416 m) sur la commune de Barrettali, la côte torturée s’étire vers le sud. Le hameau éponyme fait bloc autour de l’église Saint-André. Et la mandarine, qui a gardé ses feuilles, resplendit comme un soleil d’hiver.

Mardi 22 décembre
Tempête à la marine de Pietracorbara, village de départ du Chemin de Lumière. Une mer en furie et un libecciu déchaîné font table rase de la douce plage de sable fin.

Mercredi 23 décembre
Brouillard tenace sur le chemin de la tour de Sénèque, à Luri. Des panneaux de l’association l’Amichi di u rughjone indiquent les directions. Torra Seneca est juste là, à gauche, mais invisible, masquée par le voile de crachin qui se empaquette la tour.

Jeudi 24 décembre
En cette veille de Noël, filons à Canari pour profiter d’un soleil couchant sur le mur de Santa Maria, église piévane et romane du XIIème. Sur la pierre finement taillée, des inscriptions datant de 1428 (Petre Scritte) creusées, ourlées d’ombre et de soleil et toujours mystérieuses.

Vendredi 25 décembre
Notre Dame des Grâces, à Morsiglia, posée sur un gazon toujours vert. Le soir, les ombres s’allongent et les façades s’illuminent au dernier soleil qui va disparaître dans l’horizon.

Samedi 26 décembre
Bassin et toit de lauzes du moulin Scartabelli à Cagnano. Fin novembre, cette année, les meules ont fini de tourner pour broyer les châtaignes et livrer la farine. La cheminée a longtemps fumé et le bois en abondance attend de nourrir le prochain feu.

Dimanche 27 décembre
A Ersa, sur la petite route qui conduit au sémaphore, se détache, sur l’horizon, le mamelon du Riuzzulu, presque parfait, balafré par une piste qui grimpe jusqu’en son sommet.
Cette colline a inspiré Ange Leccia. Il y a tourné une scène pour son film Nuit bleue.

Lundi 28 décembre
Olmeta di Capicorsu possède avec a Grotta Scritta, un lieu unique en Corse. C’est un abri datant de l’Age de Bronze (1800 av. JC) avec des peintures rupestres. Le sentier qui y mène, tapissé de figuiers de Barbarie, est à flanc de colline et paraît, en toutes saisons, s’élancer dans le vide.

Mardi 29 décembre
A Meria, la chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue domine la mer. Posée sur une hauteur, en aplomb de la route du Cap, elle occupe un observatoire naturel pour scruter le canal de Corse et son autoroute de la mer.

Mercredi 30 décembre
L’îlot de Capense à Centuri vu du Scalettu, petit abri pour barques de pêche sur la côte occidentale du Cap.

Jeudi 31 décembre
Trouée de soleil sur Rogliano. Paysage sombre avant l’orage. Photo Pascal Dolémieux.

Vendredi 1er janvier
Rocher dressé, totem, cairn géant des marcheurs sur le Chemin de Lumière au départ de Pietracorbara, U Frate, ce moine à la capuche gonflée par le vent (ainsi le voyaient les anciens), veille sur la vallée avec un œil qu’il ne ferme jamais.

Samedi 2 janvier
Sur le chemin des douaniers, entre Ersa et Centuri, se dresse des cairns pas comme les autres. Ils sont composés de moellons oranges, une pierre de l’ère primaire : la péridotite. Elle affleure, ici, à la surface du sol. En général, elle est aux tréfonds de la Terre, dans le socle hercynien de notre planète.

Dimanche 3 janvier
Ombre et soleil sur la chapelle Saint-Jean de Sisco. Située sur le col éponyme, à 970 m d’altitude, San Ghjuva est un point de passage obligé entre les versants est et ouest du Cap Corse. Le soleil déclinant l’illumine, ici, au milieu d’un océan d’ombre.

Lundi 4 janvier
Sellole (970 m d’altitude) est au pied du Monte Alticcione (1139 m), c’est le dernier sommet au nord du Cap de plus de 1100 m du massif de la Serra. C’est au col de Sellole (commune de Cagnano) que passe le Chemin de Lumière. Sur l’aire à battre le grain, avec ses pierres dressées et légèrement inclinées, la halte des marcheurs est familière et la vue sur l’isthme capcorsin récompense de l’ascension pour l’atteindre.

Mardi 5 janvier
Sur le sentier des moulins ruinés de Morsiglia, tout près du Monte Rossu, il est une heure qu’il ne faut pas rater, celle du coucher du soleil.

Au plus tôt, en hiver, le rendez-vous est à 17h. Avant de sombrer dans l’horizon, le soleil « cou coupé » d’Apollinaire, illumine tous les caps et les creux de la côte ouest. Au fond, la pyramide du Monte Minerviu s’élève en majesté sur la mer. Il est, de toute éternité, le repère naturel des marins le long des rives du couchant.

Mercredi 6 janvier
Sur les hauteurs de Brando, la pierre et la mer se répondent. La grise écaille des lauzes converse avec le pelage rugueux des vagues. L’ombrelle hirsute d’un pin parasol rivalise avec le toit en dôme d’un tombeau. La lumière est douce et habille l’ensemble du paysage à l’heure incertaine de l’hiver.

Jeudi 7 janvier
A Pino, l’ancien couvent Saint-François, fondé en 1495 par l’ordre des Observantins et repris, ensuite, par les Franciscains, bénéficie d’une situation idéale pour contempler la mer, la côte, jusqu’à l’îlot de Capense de Centuri. Ces voûtes modernes ressemblent à un décor de cinéma dans un studio désaffecté. Mais la bâtisse de l’ancien couvent, elle, est sauvée grâce aux dons des particuliers et à la Fondation du Patrimoine.

Vendredi 8 janvier
A Ersa, sur le petit port de Barcaggio, l’île de la Giraglia semble à portée de main. Elle ressemble à un gros rhinocéros en train de prendre son bain. La jetée est faite en moellons de Marcolino, une pierre volcanique sombre, incrustée d’éclats de mica. La mer, ici, n’est plus qu’une ligne, un trait d’horizon qui barre un monde minéral.

Samedi 9 janvier
En haut de la vallée de Sisco trône Saint-Michel. La chapelle romane daterait de 1030 (Petre Scritte). Elle est posée sur un rocher de schiste, un plateau lustré qui est aussi le sol intérieur de la chapelle.  Le lieu est étonnant. Entre maquis et prairie, entre rochers et arbres secs, San Michele se dresse face à l’horizon, bâtisse parfaite dans ses proportions et l’agencement de ses pierres. Les hameaux, perdus dans l’immense vallée, ressemblent à des petits cubes de pierres posés çà et là. Et, posée aussi, sur la mer, l’île d’Elbe en miroir dialogue avec le continent corse.

Dimanche 10 janvier
Sur la plage de Nonza, le temps est à l’orage. Les galets sombres en stérile d’amiante racontent l’histoire de ce bout de Cap. Ici, à cet endroit, la plasticienne Florence Arrighi, a créé une œuvre mémorielle, un geste de Land Art : « Sainte Julie dans son jupon de mer ». Ce jeu de formes et de couleurs se découvre à ras de plage mais aussi et surtout depuis le belvédère de Nonza. Chaque 15 août il est illuminé. Photo Stéphane Guiraud.

Lundi 11 janvier
Elle culmine à 120 m d’altitude, l’aire à battre le grain du Castellare, à Pietracorbara. Sa situation est idéale : elle veille sur le canal de Corse et surplombe la plage de sable fin de la commune. Seulement, voilà : il s’agit d’une aghja (aire) neuve, entièrement construite et inaugurée en… 2015 par l’association Petra Viva dans un but pédagogique. Elle s’inscrit dans un parcours botanique sur la colline du Castellare qui permet de découvrir, in situ, 22 plantes méditerranéennes.

Mardi 12 janvier
Morsiglia d’abord, Centuri ensuite, à l’heure du soleil couchant. Ce que ces deux communes possèdent de plaine et de plages, d’anses et de criques, s’étend, ici dans une lumière finissante. Le maquis frémit et rougeoie au dernier éclat du jour. La nuit s’approche.

Mercredi 13 janvier
Du maquis. La mer. Un nuage. Un bateau. Simple paysage des collines de Meria, mais pleinement capcorsin.

Jeudi 14 janvier
Le ciel est noir. Le maquis vire au bistre. Le temps est à la tempête. Mais le phare-clocher de Canari, fièrement dressé entre la terre et le ciel, illumine le paysage.

Vendredi 15 janvier
Le brouillard enveloppe les arbres devenus fantômes du sentier du patrimoine de Luri et cette arche minérale composée de trois rochers, comme un lieu de sacrifice païen. Entre le hameau de Fieno et la plate-forme de l’ancien couvent, le parcours est en sous-bois, frais en été, froid en hiver.

Une lente montée, bordée de murs et de chênes, conduit, si l’on veut un supplément d’émotion, à la tour dite de Sénèque.

Samedi 16 janvier
Tempête aux îles Finocchiarola à Rogliano. La mer se dresse par jets verticaux. La fureur des éléments est implacable. Mais la tour en a vu d’autres et son stoïcisme est rassurant.

Dimanche 17 janvier
Brume autour de l’église Sainte-Marie de Brando. Ancienne église piévane mentionnée dès 1281 (Petre Scritte), Santa Maria Assunta est l’archétype de la sédimentation des époques, du Moyen-Age à nos jours. Construite, remaniée, restaurée, transformée, elle demeure. Bien encadrée par son cèdre et son cyprès, elle paraît esseulée en ce jour blanchi par la brume. Le soleil reviendra et le gazon verdira à son heure.

Lundi 18 janvier
Le Cap est terre de vents. Et le vent est très photogénique. Ainsi ce libecciu sur la côte occidentale. Un soleil finissant irradie la mer vaporisée qui s’élève en brume et ourle les collines. Il y a du vent dans le Cap (plus de 60 km/h) en moyenne, 184 jours par an. Et il souffle à plus de 100 km/h 45 jours par an. En langue corse, on dénombre 30 noms différents pour nommer les vents. Les principaux sont U libecciu, le vent lion, u Marinu, u Sciloccu, u Gregale. Du vent plus qu’il n’en faut pour faire tourner les girouettes, les moulins et les éoliennes.

Mardi 19 janvier
A Tomino, l’horizon est au nord. Les balcons ouvrent sur la plaine et les îles. Les Finocchiarola, d’abord. Capraia ensuite. Puis Elbe, Pianosa et Montecristo par temps clair. Sur le promontoire, autour de l’église Saint-Nicolas, on respire l’appel du grand large.

Mercredi 20 janvier
A fleur de vague, l’hiver, allongé sur le sable de Barcaggio de Morsiglia.
Un lieu secret connu de tous. Une maison de pécheurs, sa terrasse solaire et sa soudaine apparition dans le film Comme des frères (2012) d’Hugo Gélin. Mais, ici, sur la plage, seulement la douce âpreté d’une tempête et ses 17 nuances de gris.

Jeudi 21 janvier
Temps d’hiver et soleil d’oranges, paysages familiers du Cap Corse. Ici le rocher enneigé du Pruberzulu (1236 m) qui domine les vallées de Sisco et Pietracorbara.

Vendredi 22 janvier
A Rogliano, le Castellaccio San Colombano, château médiéval ruiné, construit à la fin du XIIe siècle, fait corps avec la butte qui domine le hameau de Vignale. Ici, le schiste est mur et rocher, au naturel et travaillé par l’homme. De ses 360 m de haut, le castel ruiné surplombe la vallée de Rogliano qui glisse en pente douce jusqu’aux îlots ultramarins.

Samedi 23 janvier
Au moulin Mattei, qui a perdu ses ailes, cachons ce cylindre aux armoiries commerciales coiffé d’un ridicule chapeau de tuiles rouges. Ne retenons que les rotondités du lieu : parterre dessiné en cercle et sphères blanches comme le ballon globe de Charlie Chaplin avec lequel il joue pour se moquer d’Hitler dans son film Le Dictateur.
Ici, la vision est plus sereine et douce : aux confins, le Monte Minervio joue les avant-gardes montagneuses face à l’horizon défait.

Dimanche 24 janvier
Coup de projecteur sur la chapelle San Quilico (Saint Cyr en français) d’Olcani. L’art Roman connaît son apogée au XIIe siècle. Et le Cap, comme le reste de la Corse, possède un patrimoine roman remarquable mais très dégradé. San Quilico à Olcani, mérite qu’on s’y attarde pour ses arcatures lombardes bicolores (Petre Scritte) et sa position de vigie à mi-vallée. De la seule commune du Cap –Olcani- qui n’a pas d’accès à la mer, on aime son entêtement à faire cavalier seul et à défendre son originalité. Allez à Olcani, terre montagnarde blottie contre la Cima di e Follicie, le véritable sommet du Cap Corse (1322 m).