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Le sentier botanique du Monte Minerviu, un condensé de Cap Corse

Le Monte Minerviu, dressé sur la façade occidentale du Cap Corse, est un lieu d’exception.
À la fois massif et vertigineux, il offre un condensé de Cap Corse.
Culminant à 410 m d’altitude, ce pain de sucre pyramidal, sculpté par les vents, est un repère pour les marins. À son sommet la vue s’étend, au sud, des premiers monts de Balagne jusqu’aux grands massifs insulaires. Au nord c’est la pointe du Cap et ses villages lovés dans le maquis qui s’avancent, telle une île, dans la mer Ligure.
Sur ce mont, les Romains ont sans doute vénéré Minerve, la déesse de la sagesse et de la guerre. Aujourd’hui il est le royaume des chèvres et de quelques sangliers. C’est là que le sentier botanique du Monte Minerviu a été tracé et aménagé. Il porte le nom de Luc Leccia (1920-2025), instituteur au hameau de Minerviu à Barrettali, grand pédagogue et artiste accompli.
Trente plantes méditerranéennes (août 2025) ont été répertoriées et nommées, en langue corse, en français et en latin sur un parcours de 750 m, face à la mer, en sous-bois puis dans un maquis ouvert et varié. Le dénivelé moyen est de 14%. Il est de 30% dans le dernier tiers du parcours.
La montée entre rochers et maquis, la mer en miroir, le parfum insistant des cistes vous procureront des sensations fortes.
Tentez donc l’aventure du sentier, c’est une façon de découvrir le Cap Corse autrement.

 

Un chemin de haute intensité

Le chemin qui conduit au sentier botanique du Monte Minerviu débute le long du chemin départemental 33 qui relie Pinu à Barrettali par la route du haut. Coordonnées GPS : 42 53 46 N ; 9 19 60 E.
Traversez le CD 33 en direction de la mer. Vous vous trouvez dans un grand champ. Suivez le balisage triangle vert. Le début du sentier est à 260 m de la route. Il est indiqué par une plaque fixée sur un rocher. Les premières plantes signalées ouvrent le sentier. Un QR code gravé sur le rocher présente chaque plante.
La longueur du parcours est de 750 m. Il nécessite 45 minutes de marche à un rythme moyen. Comptez 1h15 pour un aller-retour. Le dénivelé total est de 100 m.
La configuration du sentier est très variée : d’abord une montée moyenne en sous-bois, puis quelques courtes montées plus raides, des descentes qui surprennent et des plats qui reposent avant une franche remontée finale.
L’ascension du mont demande une bonne condition physique. Mais le spectacle en vaut la peine. C’est un sentier qui se mérite.

 

Les plantes du sentier

Les trente plantes présentées sur le parcours (août 2025) le sont par ordre d’apparition sur le sentier dans le sens de la montée. La première espèce est l’inule visqueuse. La dernière est l’immortelle à petites feuilles.
Les galets qui les signalent ont été posés en août 2025. Certaines espèces peuvent « changer de place ». D’autres peuvent disparaître du fait des changements climatiques. Les photos montrent souvent des plantes en pleine floraison. Elles ont été photographiées entre avril et août 2025. Au cours de l’année, l’aspect de chaque végétal change. Venez faire le sentier en toute saison car chaque saison a son sentier.

 

1°) INULE VISQUEUSE – PecitaDittrichia viscosa

L’inule est la première plante que l’on trouve sur le sentier botanique. Elle est à l’aise dans les prairies mais peu présente sur le sentier lui-même. Elle est appréciée des apiculteurs pour ses qualités mellifères. Ils ne sont pas les seuls : les oléiculteurs aussi trouvent des vertus à l’inule visqueuse. Grâce à elle, la larve de la mouche des olives est tuée « dans l’œuf », car elle se loge dans l’inule. C’est là qu’une petite guêpe va détruire la larve.
L’inule est une plante vivace de la famille des Astéracées. Elle fleurit au début de l’automne et redonne ainsi des couleurs au maquis. Des grappes de fleurs jaunes se dressent sur des hampes à l’odeur assez forte. On reconnaît aussi à l’inule des propriétés anti-inflammatoires. Bref, l’inule est une plante aux multiples ressources.

2°) DAPHNÉ GAROU – PatelluDaphne gnidium

Présent en belles touffes au début du chemin, le daphné garou ressemble à un petit feu d’artifice vert qui s’élèverait du sol. La plante fleurit au mois d’août. Ses hampes se chargent alors de fleurs blanches qui se transforment en petits fruits orangés et rouges, à ne pas consommer. Ces petites billes colorées sont particulièrement toxiques.

 

3°) BRUYÈRE ARBORESCENTE – Scopa maschile – Erica arborea

Cette bruyère fait partie des essences dominantes du maquis. Elle apprécie les sols schisteux. Elle pousse depuis le bord de mer jusqu’à 900 m d’altitude. On la retrouve tout le long du sentier botanique. Appelée aussi bruyère blanche en raison de la couleur de ses fleurs, elle illumine le maquis quelques jours, au moment de sa floraison (mars-avril). Il ne faut pas la confondre avec la bruyère à balais (Erica scoparia). Les deux variétés forment des arbustes imposants. Séchée, la bruyère arborescente est idéale pour allumer un feu de cheminée. Son rhizome présente l’aspect d’un gros bulbe de bois rougeâtre. Il est utilisé pour fabriquer des ébauchons de pipes.

4°) MYRTE – MortaMyrtus communis

Rare sur le sentier botanique, le myrte est l’une des plantes majeures du maquis. Il exhale aussi l’un de ses parfums les plus puissants. Le myrte (l’arbre) produit la myrte (le fruit). L’arbre est ligneux, il peut mesurer jusqu’à trois mètres de haut. Les feuilles du myrte sont petites ; ovales et claires quand elles sont jeunes ; sombres à maturité, brillantes et coriaces quand on les déchire avec les dents. Les fleurs du myrte sont blanches à cinq pétales étoilés. Elles apparaissent au début de l’été. Elles sont extrêmement décoratives et servent à confectionner les bouquets des mariés. Les fruits sont de petites baies violettes, comestibles mais aussi amères quand on les croque. La fructification est à son apogée en décembre. Les baies parfument agréablement les viandes blanches. On les utilise aussi pour faire de la gelée. La macération de baies dans de l’eau de vie permet de disposer d’un alcool puissant et parfumé.

5°) CHÊNE VERT – A lecciaQuercus ilex

Le chêne vert est l’une des trois variétés de chênes que l’on trouve en Corse, avec le chêne blanc et le chêne liège. Il possède un feuillage persistant. Le tronc peut s’élever jusqu’à 20 m de haut. Ses feuilles ressemblent à celles du houx. Les fruits se forment tout au long de l’été pour tomber en automne. Les glands font le bonheur des sangliers de passage sur le Monte Minerviu.

6°) ARBOUSIER – ArbitruArbutus unedo

L’arbousier est l’une des essences principales du maquis. Il est aussi appelé « arbre à fraises ». Chaque année, en décembre, il offre en même temps ses fleurs blanches en forme de clochettes et ses fruits, jaunes ou rouges, en fonction de leur maturité. Les fruits, pâteux et sans goût, sont distillés en eau-de-vie ou préparés, soit en gelée, soit en confiture. L’arbre, aux belles feuilles dentelées et vernissées, pousse jusqu’à 900 m d’altitude.

7°) CISTE À FEUILLES de SAUGE – Mucchju albellu – Cistus salviifolius
Le ciste à feuilles de sauge se distingue du ciste de Montpellier par la forme de ses feuilles. Elles ressemblent à celles de la sauge officinale. Elles sont plus larges, plus ovales et plus gaufrées que les feuilles du ciste de Montpellier. Mais, comme le ciste de Montpellier, la fleur est blanche. Tous ces cistes font partie intégrante du maquis. On en trouve sur le parcours du sentier botanique, à droite et à gauche de la montée. Le ciste à feuilles de sauge a une particularité : c’est une plante pyrophile, c’est-à-dire une plante qui « aime le feu ». Ce ciste, en effet, se développe rapidement après un incendie, soit à partir de sa souche, soit par germination de ses graines, qui sont activées par la chaleur dégagée par les flammes.

8°) FILARIA À FEUILLES ÉTROITES – AlivernuPhillyrea angustifolia

Le filaria est un arbuste aux feuilles persistantes. Celles-ci sont fines et étroites. Au printemps, de petites fleurs blanches apparaissent. Elles sont odorantes et donnent naissance à de petites baies bleutées qui ne sont pas comestibles. Le filaria est de la famille des Oléacées. C’est une plante anémophile, ce qui veut dire que la fécondation se fait par un processus de pollinisation où les gamètes (cellules de reproduction matures) mâles et femelles se rencontrent, transportés par le vent. Il existe beaucoup de bosquets ou d’arbustes de filaria sur le sentier. C’est une plante méditerranéenne par excellence.

9°) CALICOTOME VELU – Prunu tupinuCalicotome villosa

Le calicotome velu est très présent sur le sentier. Vous le verrez principalement sur votre droite, en montant. Observez ces buissons épineux. Les tiges, à leur extrémité, s’étirent en épines. Facile à reconnaître, la plante n’usurpe pas son nom : elle est réellement velue. Les gousses qui apparaissent au printemps sont recouvertes de poils grisâtres. Les fleurs pendent en grappes jaunes. Au printemps, elles illuminent le maquis.

10°) OMBILIC DES ROCHERS – BilicuUmbilicus Rupestris

Présent sur le sentier aux lieux les plus humides, comme ici au premier abri sous roche, l’ombilic des rochers, appelé aussi « nombril de Vénus », est une plante saxicole, c’est-à-dire qui pousse dans les murs ou dans les interstices entre deux rochers. Sa forme est celle d’un parapluie retourné par le vent ou d’un petit champignon vert, craquant et gorgé d’eau.
Riche en fer et en sels minéraux, la plante est connue pour soigner les plaies externes et les brûlures, grâce à ses propriétés cicatrisantes. On l’utilise aussi en cuisine. Elle agrémente les salades d’une petite pointe acidulée.

11°) ASPERGE SAUVAGE – SparacuAsparagus acutifolius

Avis aux amateurs : le sentier botanique est un lieu de cueillette d’asperges sauvages ! Celles qui n’ont pas été emportées par les promeneurs se transforment en buisson d’asparagus. Il s’agit alors d’une végétation dense, piquante, impénétrable.
Vivace, buissonnante à souche robuste, l’asparagus acutifolius produit des fleurs blanches odorantes dès la fin de l’été. On trouve de robustes buissons sur le sentier. Il s’agit d’une plante typiquement méditerranéenne. Elles est présente en Corse, en Sardaigne, en Sicile, aux Canaries et plus généralement sur le pourtour septentrional de la Méditerranée.

12°) CISTE DE MONTPELLIER – Mucchju neru – Cistus monspeliensis

Il est le roi du maquis. Le ciste de Montpellier, u mucchju, occupe une place de choix sur le parcours du sentier botanique. Sa présence dominante en Corse explique sans doute que le maquis, en langue corse, se nomme a macchja, forme féminisée du mot ciste. Il se distingue des autres cistes par la forme de sa feuille vert sombre, longue et étroite. Le ciste possède un feuillage persistant. Sa floraison intervient en mai. Les fleurs, à cinq pétales d’un blanc profond, supportent mal d’être cueillies et, quand elles le sont, se fanent en quelques minutes. Le cœur de la fleur (pistil) est riche en pollen. Il est très apprécié des abeilles.

13°) SALSEPAREILLE – RazaSmilax aspera

Parfois appelée « liseron épineux », la salsepareille est une liane vivace, ligneuse et épineuse, très présente dans le maquis. Elle en augmente son impénétrabilité. Ce sous-arbrisseau peut mesurer jusqu’à 3 m de haut. Ses feuilles sont alternées sur la tige. Elles sont en forme de cœur effilé. La plante donne naissance, en été, à de petites fleurs blanches. Elles sont réunies en petites ombrelles. L’ensemble est très odorant. Les fruits – de petites baies rouges – arrivent à maturité en novembre. Ils ne sont pas comestibles.

Le mot salsepareille est un dérivé de l’espagnol zarzaparrilla : treille (parrilla) de ronce (zarza).

La salsepareille a des vertus curatives. On dit qu’elle purifie l’organisme. La médecine traditionnelle l’utilise comme anti-inflammatoire, diurétique et dépuratif. Elle est aussi employée pour ses vertus fortifiantes et stimulantes.

Enfin, tous les lecteurs des albums des Schtroumpfs le savent : c’est la plante préférée des petits hommes blancs et bleus..

14°) CYTISE VELU – CanapaCytisus villosus

Le cytise velu est très présent sur le sentier. C’est un arbrisseau généralement de plus d’un  mètre de haut, vert clair et velu. Ses rameaux sont étalés, allongés, les jeunes tiges sont munies de longs poils blancs. Les fleurs sont d’un jaune lumineux. Elle peut être confondue avec le calicotome velu quant à certaines de ses caractéristiques. Mais un œil exercé ne s’y trompera pas. Il s’agit bien de deux plantes différentes.

15°) EUPHORBE DE CORSE – LatoneEuphorbia corsica

Elle est présente sur la partie haute du sentier. La couleur gris-bleuté de ses feuilles fines et allongées tranche avec la dominante verte du maquis. C’est une plante très décorative qui est utilisée dans de nombreuses compositions florales. Sur le sentier botanique, elle reste discrète.

16°) PANCRACE D’ILLYRIE – Civolla caninaPancratium illyricum

C’est l’une des plus belles plantes du sentier botanique. On en trouve près du premier abri sous roche. Elle s’admire au mois de mai au moment de sa floraison. Plante vivace au bulbe imposant, le pancrace d’Illyrie étale ses feuilles comme de longues et sombres lanières sur la pierre. En mai, chaque tige porte une dizaine de fleurs à six pétales chacune. L’ensemble compose une ombrelle d’un blanc immaculé. Le pancrace d’Illyrie pousse en Corse, en Sardaigne, à Malte, et aussi en « Illyrie, » l’ancien nom de la rive orientale de la Dalmatie, une région située entre la Croatie et la Slovénie.

17°) CISTE DE CRÈTE – Mucchju rossuCistus creticus

Le ciste de Crète ou ciste velu de Corse est l’une des plus belles plantes du maquis pour ses fleurs aux pétales d’un rose proche du fuchsia. En Corse, on parle de mucchju rossu –rouge– pour le distinguer du ciste à feuilles de sauge. Les feuilles des deux variétés sont quasiment identiques. La floraison a lieu en mai et s’étend sur trois semaines. Le côté chiffonné des pétales augmente la beauté de cette fleur d’une extrême fragilité.

18°) AUBÉPINE – Prunalbellu Crataegus monogyna

Un bel arbuste d’aubépine se dresse sur le sentier. En mai, une abondante floraison de fines fleurs blanches tachetées de noir s’offre en bouquet sur le bleu de la mer. Il faut attendre le début de l’hiver pour déguster les cenelles, les fruits de l’aubépine. Ils peuvent s’intégrer dans vos recettes sucrées. Il est d’ailleurs préférable de les cuisiner, car, consommés tels quels, ces fruits n’ont pas de goût. On les prépare en gelée et en confiture. Le fruit a des propriétés intéressantes. Il facilite la bonne irrigation du cœur et son action est positive sur le rythme cardiaque.

19°) LENTISQUE – ListincuPistacia lentiscus

L’ « arbre au mastic » ou pistachier lentisque est un arbuste omniprésent sous les climats méditerranéens. Sa résine est bien connue sous le nom de « mastic ». On l’utilisait, en effet, en médecine dentaire comme colle ou dans l’industrie agro-alimentaire. Son huile essentielle a une odeur très puissante. Elle est utilisée pour guérir de maladies lymphatiques et circulatoires. Le feuillage du lentisque est persistant. Les feuilles sont petites et vernissées. À la fin de l’été apparaissent de petits fruits, d’abord rouges puis noirs. Ils ne sont pas comestibles.

20°) ASPHODÈLE À PETITS FRUITS – LuminelluAsphodelus ramosus

Les asphodèles se dressent sur les dernières dalles de schiste avant le sommet du mont. Ils poussent dans l’anfractuosité des rochers dès le mois de février, mais disparaissent après leur floraison, en juin. Sur cette partie du parcours balayé par les vents, le frêle asphodèle ne résiste pas très longtemps au libecciu.

L’asphodèle est une plante à symbole dans plusieurs pays méditerranéens. En Grèce, en Italie et chez nous en Corse, il est considéré comme une plante qui apporte la lumière. Séché, il servait de flambeau et éclairait le chemin de celui qui n’avait pas de lampe. Son port élégant, la blancheur de ses fleurs qui s’ouvrent près de la tige, droite et rigide, tout cela confère à l’asphodèle une place particulière dans la collection des plantes du sentier. À noter que la racine tubéreuse de la plante contient de l’amidon, autrefois utilisé en panification.

21°) GRANDE FÉRULE – FerlaFerula communis

La grande férule est présente sur le sentier dans le dernier tiers du parcours. C’est un fenouil géant, qui, au printemps, pousse très vite. Ses fleurs sont en ombelles, comme des ombrelles vertes puis jaunes qui se déploient. C’est une plante fibreuse qui se travaille bien quand elle est jeune. Il est possible, par exemple, d’en faire de belles cannes courbées. Quand elle est sèche, la férule devient très dure. Les maîtres d’école de l’ancienne Rome se servaient d’une tige de férule pour châtier leurs écoliers.
La grande férule est aussi toxique. Sa sève, appelée latex, contient des composés toxiques. Les animaux herbivores s’en tiennent loin.
Une autre variété de férule, le peucédan paniculé, qui pousse au-dessus de 500 m, est particulièrement dangereuse. Sous l’action combinée de la transpiration et du soleil, elle occasionne – quand on la touche– des brûlures au deuxième degré..

22°) CHARDON – BattichristuCarduus

Les chardons qui poussent sur le sentier sont de deux sortes. Une ligne de chardons bleus pousse dans l’anfractuosité du rocher avant la plate-forme du sommet. Quelques touffes de ce chardon s’élèvent contre de gros rochers. On dit qu’en Corse toutes les variétés de chardons ont été utilisées comme des substituts aux artichauts.

23°) LAVANDE À FLEURS ALIGNÉES – PiumboneLavanda stoechas

Elle aussi est située dans le dernier tiers du parcours. Pour reconnaître la lavande stoechas, observez les fleurs. Elles ont une forme singulière. Elles ont des pétales dressés en forme d’aile de papillon ; ils se trouvent à la pointe des tiges. C’est l’une des espèces qui poussent aisément dans le Cap Corse, dont le sol est principalement schisteux. La plupart des espèces de lavande poussent plutôt sur des sols calcaires. Son nom vient des îles Stoechades au large de la ville d’Hyères, dans le Var. Son parfum terreux, voire rocailleux ne ressemble pas à la fragrance de la lavande habituellement utilisée dans la distillation. L’huile essentielle de lavande stoechas est plus brute et plus puissante.

24°) GENÊT CORSE – CuruGenista Corsica

Le genêt corse est l’un des arbustes épineux qui rendent, à certains endroits, le maquis impénétrable. Les épines de la plante, courtes et arquées, sont redoutables. Sur le sentier, quelques buissons de genêt ont pris racine dans la dernière montée avant le sommet. La plante est belle au printemps (mai – juin) au moment de sa floraison. Les tiges épineuses sont chargées de fleurs jaune d’or.
La plante est vivace. Elle s’acclimate bien en bord de mer mais prospère aussi en montagne. Sur le sentier, son plus beau spécimen se trouve à 390 m d’altitude. Le genêt corse est une plante endémique de l’île. On la trouve aussi en Sardaigne.

25°) HERBE AUX CHATS – PivarellaTeucrium marum

Cette plante est appelée « herbe aux chats », « herbe à chats » ou « thym à chats », car elle produit un effet euphorisant sur certains félins, dont les chats. Pour l’homme, son odeur est piquante, proche de la moutarde et assez répulsive. Il s’agit de sous-arbrisseaux vivaces, de la famille des Lamiacées. En altitude (vers 900 m) ils forment des sortes de coussins en dômes. Sur le sentier botanique, près de la mer, ce sont des buissons moins compacts. L’herbe aux chats fleurit de mai à septembre. Les fleurs sont d’un rose pourpre très lumineux.

Les pieds d’herbe aux chats sont rares sur le sentier. Ils sont situés sur le dernier tiers du parcours. On retrouve cette essence dans les îles de l’ouest de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile et Baléares).

26°) BUPLÈVRE LIGNEUX – A PutricaBupleurum fruticosum

En juillet et en août, c’est la plante phare du sentier car c’est la seule à être en fleurs à cette période. Elle brille de mille feux. Ses fleurs étoilées sont réunies en ombelles terminales. Boules compactes, d’un jaune puissant, elles se détachent sur le bleu immense de la mer.
Le buplèvre est emblématique des espaces méditerranéens au-dessus de 300 m d’altitude. Il est aussi une aubaine pour les abeilles qui peuvent encore butiner ses fleurs alors que les autres espèces sont déjà déclinantes.
Les vertus de la plante, longtemps très contestées, sont désormais reconnues. Le buplèvre est distillé. Son huile essentielle possède de nombreuses qualités : anti-inflammatoire, antinévralgique, antiulcéreux.

27°) GERMANDRÉE JAUNE – Camandrea giallaTeucrium flavum

La germandrée est une plante qui se déplace. Grâce à son système de stolons ou de rhizomes, elle s’enracine ailleurs et laisse dépérir le bouquet de l’année précédente. Sur le sentier botanique, elle a élu domicile près du plateau sommital. C’est une plante vivace, de la famille des Lamiacées, très présente dans l’ensemble du bassin méditerranéen. On a répertorié 260 espèces de Teucrium. La floraison se fait de fin mai à début juin. Les fleurs sont blanches, à pétales dressés. Le port général de la plante, en touffes denses, est remarquable.

28°) ROMARIN – RosumarinuRosmarinus officinalis

Le romarin tire son nom du nom latin ros marinus qui signifie « rosée de mer ». C’est une plante qui pousse sur le littoral méditerranéen mais que l’on trouve aussi sur les hauteurs. Il franchit des altitudes de 500 à 600 m. C’est l’une des plantes constitutives du maquis insulaire. On en trouve partout, souvent en bois touffus. Ses fleurs sont bleues, parfois blanches. Il développe plusieurs floraisons annuelles.

Le romarin est rare sur le sentier. Un seul pied y pousse. Il est situé sur la plate-forme sommitale. La plante aromatique est utilisée en cuisine (sauces, marinades). En tisane, on lui reconnaît aussi des propriétés curatives. Elle soulage les troubles rhumatismaux, hépatiques et gastro-intestinaux. Elle limite les maux de tête, améliore la mémoire et la concentration, combat les effets de stress et de fatigue et traite, enfin, l’inflammation des voies respiratoires. Le romarin est bien une « plante miracle » connue depuis l’antiquité pour ses multiples bienfaits.

29°) ONOPORDE D’ILLYRIE – Cardu sumerinuOnopordum illyricum

L’onoporde se trouve au tout début du sentier et surtout tout en haut, sur la plateforme sommitale, point ultime de la promenade botanique.
Ce chardon de près de deux mètres de haut, particulièrement épineux, ressemble à des tignasses rousses, très compactes, de cheveux coiffés à la diable. Il est sec dès le début de l’été mais sa belle couleur est celle des blés avant le fauchage. Moins poétique est la vision qu’en donne Sébastien Vaillant (1669-1722) qui appelle ce chardon le « pet d’âne » car on prétend que ces plantes font péter les ânes quand ils en mangent.

30°) IMMORTELLE À PETITES FEUILLES – MurzaHelichrysum italicum
Appelée aussi immortelle d’Italie, l’immortelle à petites feuilles est une plante méditerranéenne par excellence. Sur le sentier, elle ne pousse que sur le plateau du sommet. Une seule touffe a été identifiée sur l’ensemble du parcours. La fleur est à son apogée début juin. D’un jaune intense, elle libère un parfum puissant, proche du curry. Elle est aussi distillée pour son huile essentielle, aux multiples propriétés. L’appellation française d’ « immortelle » viendrait de la bonne conservation de la plante sous la forme de bouquets séchés.
Corrections : Anne-Cécile Garache
Crédit photos : Annie Luigi-Duggan, Photorouni, Association Chemin de Lumière.

Luc Leccia, engagé et créatif

Ce sentier botanique porte le nom de Luc Leccia (1920-2025) afin d’honorer la mémoire d’un homme engagé et créatif. Son autobiographie, qu’il a rédigée à l’âge de 100 ans, porte un titre volontairement paradoxal : Le voyage dans le temps d’un gamin centenaire. C’est ce gamin qui revendique la « volupté de vivre ». Combattant de la France Libre, il participe à la campagne d’Italie (mai 1944) et au débarquement de Provence (août 1944). Au retour à la vie civile, il devient instituteur et enseigne plusieurs années au hameau de Minerviu (1947 – 1960) qui, à l’époque, possède une école (jusqu’en 1966). Pédagogue, il met au point une nouvelle méthode pour enseigner aux élèves.
Il écrit des poèmes, chante mais surtout, devient l’artisan actif de l’art galtique qu’il définit lui-même comme « une opération qui consiste à réaliser des œuvres figuratives originales par un assemblage génial de galets ». Luc Leccia a réalisé des dizaines d’œuvres, notamment des crèches, des femmes à l’enfant ou des guetteurs en art galtique. Il sait mettre en correspondance ces galets de gabbro ou de serpentine que l’on trouve sur les plages du Cap Corse. L’une de ses œuvres, offerte par ses héritiers à l’association Chemin de Lumière, a été placée sur le sentier botanique (août 2025). Une collection des réalisations de l’artiste va rejoindre le fonds du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) de Marseille.

Ils ont construit le sentier

Merci aux équipes des associations Chemin de Lumière et Da Mare A Monte – Natura è Omi pour leur participation à la réalisation du sentier botanique du Monte Minerviu – Luc Leccia. Il a été financé par la Fondation Cap Corse abritée par la Fondation de France.