Pour découvrir le Cap Corse, passez le pont…

Le Cap Corse est riche d’un patrimoine civil, militaire et religieux exceptionnel. De nombreux guides en parlent abondamment.
Ce qui vous est proposé ici, c’est de prendre un chemin buissonnier. La Route des ponts du Cap Corse vous conduira dans un Cap Corse à l’écart des voies obligées. Elle vous déposera à l’entrée d’un hameau où s’ouvrira un sentier que vous prendrez pour marcher vers une rivière, et…un pont.
La Route va de village en village à la rencontre de douze ponts (toutes les communes n’ont pas de ponts historiques). La plupart sont modestes, à une arche. D’autres en possèdent deux. Chaque pont, en bon état, restauré ou passablement entretenu, a son caractère et mérite la visite. Du pont du Furcone qui marque la frontière entre les communes de Canari et de Barrettali au pont du Ponticellu à Pietracorbara, resté intact depuis des siècles, en passant par le pont à deux arches reconstruit à l’identique d’Olmeta di Capicorsu, vous découvrirez une Corse différente.
Pour vous aider à vous repérer dans votre périple nous vous indiquons les coordonnées GPS de chaque lieu. Sur place aussi, en photographiant le QR code situé à moins de dix mètres du pont, vous disposerez, depuis votre téléphone portable, d’informations précieuses sur le site visité.
Avec la Route des ponts du Cap Corse, vivez la Corse autrement.
Bonne visite.

Comment atteindre un pont dans une commune ?

Il n’est pas toujours facile de trouver le pont indiqué. Pour vous y aider, nous vous indiquons les coordonnées géographiques (latitude et longitude) de chaque pont ou départ de chemin pour atteindre ce pont. Sur votre portable, ouvrez une application de navigation (Google Maps, Apple Plans…). Dans le champ de recherche, saisissez les coordonnées (degrés, minutes, secondes) : 42°46’44 »N, 9°27’31 »E pour le pont de Castellu à Brandu, par exemple.

BARRETTALI

Hameau de l’Annunziata. GPS 42°51’47 » N, 9°21’02 » E. Alt : 36 m

Le pont du Furcone marque la frontière entre les communes de Barrettali et de Canari. Son arche audacieuse se dresse au-dessus d’un plan d’eau particulièrement prisé en été pour la baignade. Restauré en 2015, le pont, selon l’association Petre Scritte qui l’a inscrit dans l’inventaire patrimonial de Barrettali, daterait du Moyen Âge en raison des claveaux taillés de sa voûte, sur la partie supérieure de l’arche, à la manière des églises romanes, notamment celles de Canari. On distingue d’ailleurs, près du sommet, deux motifs héraldiques, l’un en forme de bouclier et l’autre d’écu de blason.
Près du pont se dresse un ancien moulin à grain.

BRANDU

Hameau de Castellu. GPS 42°46’44 » N, 9°27’31 » E. Alt : 160 m

Joli petit pont étroit qui enjambe le ruisseau de Castellu et débouche sur l’imposante fontaine du hameau, dont la façade est percée d’une grande arcade encadrée de deux pilastres. Des tables et des bancs taillés dans la pierre de Brandu permettent aux familles, le temps d’un pique-nique, de goûter à la fraîcheur du lieu.
Le pont, modeste, paraît, en toute saison, végétalisé. Son arche unique déborde de pariétaire hirsute et d’autres plantes qui profitent de la présence de l’eau.
D’imposants moellons sont posés sur les deux parapets qui encadrent le tablier du pont aux doux galets usés. L’ensemble est plein de charme.

BRANDU

Route de l’ancien cimetière. GPS 42°46’43 » N, 9°28’05 » E. Alt : 40 m

Ce pont fait figure de “benjamin” des ouvrages retenus pour cette Route. Il date, en effet, de 1866. Construit sur le ruisseau entre les hameaux de Silgaghja et Erbalunga, il a la particularité d’avoir été bâti, selon Petre Scritte, à l’initiative de la première abbesse du monastère des Bénédictines d’Erbalunga. Son intérêt est d’éviter de passer à gué le torrent impétueux de Silgaghja au moment des crues.
Le pont est de facture classique. Son architecture est celle des ouvrages construits aux XVIIIe et XVIIIe siècles dans la commune. Le dos d’âne du pont est assez marqué. Il est encadré de deux parapets maçonnés à la chaux.

CAGNANU

CD 132 au lieu-dit Mitile. GPS 42°52’48 » N, 9°26’20 » E. Alt : 110 m

Il est le pont le plus “sauvage” de la Route des ponts. Il s’élève en continuité des rochers de schiste sur lesquels il est bâti. Il a perdu ses parapets et son tablier est constitué d’une mince couche de pierres plates sur l’unique arche composée en claveaux. Cette arche est, elle-même, de forme conique.
Il est difficile de dater ce type d’ouvrage. Sa construction pourrait remonter au XVIe ou au XVIIe siècle. À découvrir, à côté du pont, un moulin à grains en ruine avec un étroit passage en triangle entre deux murs, une curiosité étonnante à cet endroit.

OGLIASTRU

Hameau d’Ogliastru supranu. GPS 42°49’10 » N, 9°21’02 » E. Alt : 100 m

À Ogliastru supranu, il faut aller au bout du hameau pour découvrir ce pont racé et finement restauré. Placé sur le sentier muletier qui relie Ogliastru à Canari, ce pont à arche unique est positionné est-ouest. En fin d’après-midi le soleil illumine les pierres miel et bleu des parapets. Le tablier, en dos d’âne très accentué, dessine une élégante courbe. L’ouvrage a sans doute été construit à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe. La tradition locale rapporte que chaque année, pour Pâques, toutes les femmes du village se rendaient à la rivière, près du pont, pour faire « a bucata », ce que l’on peut appeler la grande lessive. Cette journée était pour elles l’occasion de se retrouver. Les hommes n’y avaient pas leur place. Le linge était lavé sur une grande pierre plate située non loin du pont. Il séchait ensuite posé sur les parapets ou sur les buissons environnants. C’était aussi un jour de fête pour les enfants qui passaient, avec leur mère, la journée au bord de l’eau.

OLCANI

Contrebas de la D233. GPS 42°48’15 » N, 9°22’17 » E. Alt : 230

Atteindre ce pont en contrebas de la route D233 au lieu-dit U Ponte est déjà une petite aventure. Le sentier qui y mène est soigné mais assez pentu. Depuis la route, un dénivelé de 50 m conduit à la rivière. C’est le point de passage de l’ancien chemin muletier qui permettait, au départ d’Olcani, de rejoindre les villages du sud-ouest du Cap Corse, Nonza et Olmeta di Capicorsu.
Aujourd’hui le pont, privé de parapets, ne possède plus que son tablier, presque plat, où poussent quelques herbes au milieu de dalles disjointes. Il n’est d’ailleurs pas recommandé d’aller sur l’autre rive pour admirer l’élégance de l’arche unique, probablement construite au XVIe siècle selon les conclusions de Petre Scritte qui, dans son inventaire du patrimoine d’Olcani, indique que ce pont est mentionné dans un acte notarié de 1630.

OLMETA

Hameau de Negru. GPS 42°45’39 » N, 9°20’29 » E. Alt : 0 m

Voilà un pont qu’il ne faut pas manquer. Il est l’autre pont à deux arches d’Olmeta et aussi de la Route. Il a été édifié à la fin du XVe siècle avec un appareil mixte de moellons de schiste vert et de calcaire blanc. Il enjambe le ruisseau de Negru, au hameau marin du même nom, sans doute en référence aux galets de gabbro noir qui donnent sa couleur à la plage. Ce pont reliait Nonza à Saint-Florent par l’ancienne route du littoral.
Heurs et malheurs d’un pont : endommagé par une crue vers 1785, il est réparé selon Petre Scritte « aux frais du gouvernement de Louis XVI ». En 1853, il est « déchaussé » par une forte crue, remblayé et réparé aux frais de la commune. Le 24 novembre 2016, le pont est emporté par une crue centennale d’une puissance inouïe. Il est entièrement reconstruit entre 2021 et 2024 et de nouveau accessible aux piétons.

OLMETA

Hameau de Celle. GPS 42°46’15 » N, 9°22’29 » E. Alt : 250 m

À partir du hameau de Celle, prendre la piste vers le nord pour atteindre, après 280 m, le pont qui enjambe le ruisseau d’Antigliu. L’ouvrage est massif avec ses deux arches qui se jouent des turbulences du torrent. Le pilier central prend appui sur un énorme rocher. Le pont a été restauré en 2018, le tablier rechaussé en pierres dressées, les lauzes taillées en carrés ont été posées au bas des parapets maçonnés ; eux-mêmes ont été entièrement refaits.

PETRACURBARA

CD 232 au lieu-dit Quercetu. GPS 42°50’14 » N, 9°28’10 » E. Alt : 15 m

Court et trapu, le pont du Quercetu domine les pâturages envahis au printemps par les asphodèles. Il reliait Croscianu, hameau de Siscu, à la marine de Pietracorbara, située à moins de deux kilomètres du pont. Sa particularité : de nombreux galets de rivière, pris dans le lit du ruisseau, ont été intégrés dans sa construction.
Le lieu est trompeur : au moment des fortes crues, la plaine est submergée et le pont affronte de sévères embâcles qui charrient branches et troncs. L’endroit est alors méconnaissable. L’ouvrage en a conservé les stigmates avec des moellons déchaussés. Des restaurations ont été menées. Le pont a toutefois gardé son assise intacte. Son unique voûte en plein cintre a résisté aux assauts des saisons.
Par temps calme, au contraire, le sentier de promenade qui passe près du pont remonte vers les hameaux au milieu de roses trémières et de coquelicots. Le sage ruisseau gazouille au milieu des herbes hautes. La balade en vaut la peine.

PETRACURBARA

Hameau du Ponticellu. GPS 42°50’48 » N, 9°25’58 » E. Alt : 100 m

Le pont du Ponticellu (« petit pont ») permet de franchir la rivière à la hauteur du hameau du même nom. Il pourrait dater de la première moitié du XVIIe siècle, période au cours de laquelle la Corse était propriété de la République de Gênes (1284-1797). C’est pourquoi les ponts construits à cette période sont appelés « ponts génois ». Selon l’association Petre Scritte, un acte notarié indique son existence dès 1644. Il figure aussi sur l’ancien cadastre de 1860. Très utilisé jusqu’au milieu du XIXe siècle, il permettait d’atteindre, par la strada vecchja (l’« ancienne route ») la marine d’Ampuglia, c’est-à-dire la baie de Petracurbara.
Le pont est constitué d’une arche unique, voûtée en berceau, finement appareillée en pierres de schiste. Son tablier est en dos d’âne recouvert de galets roulés usés par le frottement des pas et des sabots. Il est situé à côté d’une fontaine sous voûte appelée funtana di u ponte qui a permis l’approvisionnement en eau du Ponticellu jusqu’à l’installation de l’eau courante dans les maisons (années 1950). La route actuelle (D232) a, quant à elle, été ouverte en 1851. À partir de cette date, le pont a perdu de son importance.
Élevé à un endroit très encaissé du fleuve, il n’a pas souffert des crues centennales qui ont eu raison de plusieurs ponts dans d’autres villages du Cap Corse. Fin et racé, il se dresse avec élégance au-dessus des tourbillons du courant. Il est l’un des plus beaux spécimens de ponts génois du Cap Corse.

PINU

Hameau de Metimu. GPS 42°54’28 » N, 9°21’12 » E. Alt : 170 m

Le pont, ici, est une miniature. À arche unique, il dispose d’un tablier en forme de dos d’âne prononcé. Les parapets ont été recouverts de lauzes fines et les parois ont été lissées à la chaux. Le lieu vaut surtout pour l’ensemble que le pont forme avec la fontaine de Metimu, ornée d’un fronton percé d’une entrée sous voûte surmontée d’un toit à deux pans.

SISCU

Hameau de Teghje. 42°48’37 » N, 9°26’10 » E. Alt : 240 m

Au bout du hameau de Teghje que l’on parcourt à pied, se dresse, au-dessus du ruisseau de Scoglioli, un pont à arche unique. Il vient en continuation du sentier muletier qui va de Teghje au hameau de Sant’Antone. Il s’inscrit dans un ensemble remarquable de moulins à eau à roue horizontale qui utilisent, en cascade, la force motrice du torrent.
Sisco possède huit ponts mais c’est celui de Teghje qui, en raison de son environnement proche, avec des moulins et des bâtiments agricoles, offre l’intérêt le plus marqué. C’est lui qui permet le mieux d’approcher la société agro-pastorale des siècles passés.